http://www.wikio.fr Le Blog de Jérôme Laurent

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21 octobre 2017

Sécurité privée : conversation avec un novice – Acte II

Dimanche midi, déjeuner de famille élargi.

A peine avions-nous commencé l’apéro, qu’il m’avait dit « Alors, comment vont les affaires ? Avec les événements, tu dois avoir de la demande en plus, non ? »

Par événements, il parlait des tentatives d’attentats qui venaient d’être déjouées par les services de police et de renseignements. « Il n’y a pas toujours de réelles corrélations » lui répondis-je. « Cela dépend surtout de la sensibilité de l’entreprise au risque et du sentiment d’insécurité ressenti par ses salariés. Plus ce risque est élevé, plus il y a effectivement de chances que l’entreprise renforce sa sécurité ».

Le sujet était lancé. A peine le temps de grignotter quelques cacahuètes que déjà je sentais ces questions qui allaient fuser.

« Mais concrètement, l’agent de sécurité qui est devant l’entrée d’un bâtiment, dans sa guitoune avec sa barrière levante, il ne sert pas à grand-chose non ? On en a un dans la boîte dans laquelle je réalise mon stage et je ne vois vraiment pas son utilité ».

J’étais heureux de cette question. Il avait posé THE question. Celle qui paraît banale, et qui n’attend qu’une réponse du style « Ouais. Tu as raison. Tu re-veux un verre ? ». Mais non, j’ai choisi de lui répondre de façon plus professionnelle.

« La question que tu poses est une bonne question. Dans ton raisonnement, tu considères que puisque tu ne vois pas son utilité, il ne sert à rien. Et que dès lors, c’est de l’argent dépensé inutilement. C’est bien ça ? ». «  Bah oui. A part appuyer sur un bouton pour ouvrir la barrière aux véhicules qui lui présentent un macaron, aucune utilité ! ».

L’explication allait pouvoir commencer ! « Ton raisonnement est celui de bien de mes interlocuteurs. Mais prends la situation dans le sens inverse : c’est peut-être par ce qu’il y a un agent de sécurité que rien ne se passe. Et sa position à l’entrée de l’entreprise est dissuasive à quiconque chercherait à pénétrer sur le site. Même si nous sommes d’accord, le risque 0 n’existe pas ». « OK, je comprends. Mais est-ce que l’on ne pourrait pas le remplacer par une machine, un robot, un lecteur de badges ? Ca couterait moins cher ! ».

Je reconnaissais les questions de l’étudiant d’école de commerce qui se destine au métier d’acheteur ;-) cherchant à optimiser des coûts qu’il ne pensait pas forcément comme nécessaires mais plutôt comme contraints.

« Tout dépend de la configuration de ton site. Comment ton lecteur de badges donnera l’alerte si un intrus pénètre sur ton site ? Cela s’étudie, et prend du temps. L’achat de prestations de services ce n’est pas aussi facile que de choisir ses produits dans un rayon de supermarché ! L’agent qui est dans ta guérite à l’entrée du site, il faut lui donner une valeur ajoutée. Et cette valeur ajoutée elle doit être créée par le prestataire. C’est son job, encore faut-il que l’entreprise cliente lui en donne les moyens et sache un temps soit peu ce qu’elle achète. Bref qu’elle s’y connaisse un minimum. Qu’elle ne réduise pas le prestataire à un vendeur de temps/homme ». « Comment ça ? »

« C’est très simple : apporter de la valeur ajoutée à une mission à un job ça s’élabore, ça s’étudie, ça ne se décrète pas. Si l’entreprise gagne de l’argent et qu’elle est rentable, elle va pouvoir investir ». « Investir pour quoi ? » me demande-t-il.

« Investir pour donner de la valeur ajoutée à ton agent, pour lui mettre à disposition des outils plus performants, faire de la R&D, créer des formations sur-mesure pour un client qui serait exposé à un risque pour lequel il ne l’était pas... Ainsi, ton agent que tu as sur site, il bénéficie d’une meilleure reconnaissance (des salariés sur le site) et la qualité s’améliore. Au final, tout le monde est gagnant. Aujourd’hui, on va dans le sens inverse ! On achète au plus bas ; on veut une Ferrari pour le prix d’une Renault ! ».

« Ce que tu dis est un cercle vertueux effectivement bénéficiant à tous. D’autant plus que l’entreprise dans ce cas joue un rôle sociétal en contribuant à la reconnaissance de la profession et du secteur. Et en plus cela va dans le sens des traditionnelles Charte des achats responsables. Mais pourquoi les services achats ne raisonnent pas de la sorte ? ».

« C’est toi qui fait des études pour devenir acheteur… Allez à table ! ».

12 août 2017

Sécurité privée : conversation avec un novice.

« Un appel d’offres, c’est comme une pochette surprise, on ne sait jamais ce qu'il y a dedans ».

C’est un peu ce que l’on se dit lorsque l’on en reçoit un. Alors parfois, avec l’expérience, on se dit « Mais oui, bien sûr je le connais cet appel d’offres » et là malheur à celui qui est en face de vous : vous êtes capable de lui réciter le dispositif de sécurité en place, le nom du responsable sécurité, le nom de l’acheteur, et même le prestataire en place !

Bref, au vu de vos connaissances, vous êtes la personne qui doit répondre à cet appel d’offres. Il ne peut pas vous échapper, avant même d’avoir lu le CCTP vous connaissez tout ! Oui, mais non.

Car ces connaissances vous les avez car vous avez répondu 3 fois (vous pouvez augmenter ce nombre….) aux consultations de cette entreprise et comme d’habitude c’est toujours le même qui gagne : le moins-disant. Vous répétez à votre interlocuteur « C’est le moins-disant qui remporte le marché, pas le mieux disant ! ».

Dès lors, deux possibilités :

  • Soit votre interlocuteur connaît le secteur de la sécurité, la conversation s’arrête là et le dossier de consultation qu’il vous a imprimé comprenant le règlement de consultation, l’attestation de réception dudit appel d’offres, le cahier des clauses techniques particulières, le cahier des clauses administratives particulières, la fiche de synthèse, le plan du mémoire technique, le bordereau des prix unitaires, l’attestation de visites, la charte de l’achat responsable, la charte du fournisseur responsable, la charte environnementale, la liste des références sur les trois dernières années, la décomposition du prix global et forfaitaire ainsi que la décomposition horaire du taux facturé sur les 5 prochaines années et là l’ensemble des 113 pages imprimées finissent à la poubelle (ou en papier de brouillon) et vous reprenez une activité normale ;

 

  • Soit votre interlocuteur ne connait pas la sécurité et là vous vous dites « C’est le moment de te faire un petit cours sur le secteur d’activité ». C’est une envie soudaine. Vous posez votre stylo, mettez votre portable sur silencieux et fermez votre PC. Vous avez tellement envie de lui expliquer comment ça se passe, vos anecdotes que vous êtes partis pour un bon moment.

Ce qui est intéressant c’est que plus vous lui parlez du secteur d’activité la vente de prestations de sécurité privée, plus votre interlocuteur vous pose des questions, vous interroge et vous en redemande. « Est-ce que tout le monde peut être vigile ? » ou encore «Ils travaillent combien de temps les gardiens ? ». Au passage, vous en profitez pour lui faire un petit cours de sémantique « Ne parles pas comme les présentateurs du JT. On dit agent de sécurité et non pas vigile ou gardien ! »

Plus la conversation avance, plus vous lui parlez de vos anecdotes « L’appel d’offres où on te demandait de décomposer le taux horaire de vente en spécifiant ta marge ainsi que le coût horaire de ton matériel que tu affectais à la mission de l’agent de sécurité ».

Votre interlocuteur ne comprend pas. « Comment peut-on vous demander la marge de l’entreprise ?! Ce n’est pas quelque chose de confidentiel ? ». Vous lui avouez que c’est tout de même assez étrange, mais que c’est très répandu chez les acheteurs et que si vous ne la mentionnez pas, vous avez peu de chances de remporter le marché.

Pour bien lui faire prendre conscience de cette demande des acheteurs, vous prenez l’exemple du boulanger. « C’est un peu comme si lorsque tu allais acheter une baguette chez ton boulanger tu lui demandes sa marge sur le prix de la baguette aux céréales à 1,30€ ». Vous aussi cher lecteur, vous y penserez la prochaine fois que vous serez de corvée de pain et vous me direz ce que vous répondra le boulanger…

Même s’il comprend cet exemple, il a du mal. Il ne comprend pas la finalité et la pertinence de cette demande. Il ne travaille pas dans votre secteur et ce vous lui dites lui parait invraisemblable.

Alors vous décidez d’aller encore plus loin. « Parfois on va te demander dans le taux horaire moyenné sur 5 ans de décomposer dans le taux horaire de vente la part du matériel (notre fameuse lampe torche) ! » En gros quel est le coût de la lampe torche à l’heure sur 5 ans.

Voyant que vous êtes en train de le perdre, il faut réagir ! Vous faites le parallèle avec votre boulanger. « En fait c’est comme si tu retournes voir ton boulanger avec sa baguette aux céréales à 1,30€ et que tu lui demandes sur les 1,30€ de vente de la baguette, quel est le montant issu du pétrin-mélangeur qui lui a servi à réaliser la baguette».

Votre interlocuteur esquisse un sourire. « Mais c’est idiot. A quoi cela sert-il de savoir cela ? Est-ce que ma baguette sera meilleure ? »

En 1h30 de conversation c’est la première question à laquelle vous n’êtes pas en mesure de répondre. Mais bon, c’est vous le professionnel ! Vous devez être en mesure de répondre. « C’est un truc d’acheteur. On ne sait pas trop à quoi ça sert. Ils doivent y affecter un coefficient qui doit leur permettre d’en sortir une note financière qui suivant la pondération de l’appel d’offres te donnera une note finale et permettra d’établir un classement final des offres ».

Votre interlocuteur est loin. Il est pour le coup complètement perdu. « Et sinon l’acheteur, lorsqu’il te demande ça, il sait vraiment pourquoi il te le demande ? » Très bonne question !

02 mai 2017

Travailler le mental.

Düsseldorf, dimanche 30 avril, 7h20. Je n’en peux plus d’attendre. J’avais prévu de partir à 7h45, mais l’envie est plus forte. J’y vais. Le temps est un peu frais, mais la météo sera bonne pour la course, aux alentours de 9° vers 9h00.

Je suis confiant. C’est mon 10ème marathon, il n’y a pas de raison que cela se passe mal !

La préparation s’est très bien passée, le volume est bon (815,95Km sur 10 semaines), le mental est là et d’un point de vue équipement rien n’a été laissé au hasard : j’ai préféré un short un peu plus ample pour ne pas être gêné et j’ai investi dans une nouvelle paire de chaussures qui n’ont que très peu de kilomètres. De plus, la séance d’ostéopathie réalisée la semaine passée s’est bien déroulée, RAS de ce côté-là. Tous les voyants sont au vert.

Si je devais symboliser le marathon je dirais que c’est une montagne. Une montagne qui se dresserait devant moi, et que je regarderais d’en bas. Et d’où je me dirais OK je dois l’escalader le plus rapidement possible !

Je sais que je vais y arriver. Un an que je n’ai pas couru de marathon (depuis le marathon de Rotterdam le 10 avril 2016). Une année durant laquelle avec DD nous avons travaillé la vitesse, le 10Km, le fractionné. Je vais terminer le marathon. Aucun doute là-dessus. Je vais le finir en moins de 3h00. Aucun doute non plus. Moins de 2h45 (il s’agit pour moi d’une barre symbolique car synonyme de qualification aux Championnats de France). Aucun doute non plus depuis le marathon de Rotterdam terminé dans la douleur en 2h44m40s.

J’ai reconnu le chemin pour aller au dépose-bagages la veille avec Théodore. Il se trouve entre le départ et l’arrivée. En traversant à un feu j’entends deux personnes discuter derrière moi Tu as vu ? Oui, j’ai vu, un Français. Je savais qu’ils faisaient référence à mon sac à dos, qui m’accompagne sur toutes mes courses depuis le marathon de Chicago, en octobre 2012, et sur lequel est accrochée une médaille avec un ruban bleu-blanc-rouge, médaille qui m’avait été donnée par Aline lors d’une soirée du club en janvier 2014.

J’arrive au dépose-bagages où se trouve également une tente pour se changer. Je me pose et observe les autres coureurs. A ce moment, je repense au compte-rendu de course écrit par Laurent qui a couru son premier marathon à Paris, 3 semaines plus tôt : chaque coureur a ses petites manies ; la façon de positionner les gels sur la ceinture, le laçage des chaussures…

Je pense qu’il va faire chaud et soudainement je pense à la crème solaire. Je n’en ai pas. Un coup de téléphone et un SMS à Théodore pour qu’il m’en amène s’il en a. Sinon tant pis.

Allez, je me change. Je ne garde qu’un t-shirt au-dessus de mon marcel que je jetterai au moment du départ et une bouteille d’eau. Le strict minimum

Je me dirige vers le départ après un rapide passage aux toilettes. Je repense à notre sujet de conversation à table la veille, le caca de la peur, un syndrome bien connu de tout coureur de course de fond.

8h20. Le départ est dans 40 minutes, il est temps de s’échauffer. Après quelques minutes de footing en effectuant des allers-retours entre le départ et le premier kilomètre, je réalise des gammes et des étirements. Je croise quelques coureurs dont le gabarit et l’allure me font penser à a des coureurs élite. Le départ approche, la pression monte.

Je rentre dans le sas rouge, celui des 2h29-2h59, juste derrière le sas élite. Nous ne sommes pas nombreux et je peux continuer à m’échauffer sur place. J’aperçois Théodore sur la droite de l’autre côté des barrières. On échange quelques mots et me place. Je suis bien. Je suis serein. Le speaker fait applaudir Julian Flügel, coureur élite natif de Düsseldorf qui est là comme outsider pour la gagne. Le compte à rebours commence et ne parlant pas allemand (hormis compter jusqu’à 3), je me dis Dès que tu entends drei (trois en allemand), tu te prépares !

C’est le départ ! Comme à chaque course, l’allure est très rapide, j’observe les pace qui se positionne avec leur athlète comme ombre. 3’32’’ le premier kilomètre. Rien d’alarmant, il faut seulement que je revienne à mon allure cible (entre 3’43’’ et 3’45’’) pour ne pas me cramer.

La file de coureurs s’allonge. Je dois être entre la 25ème et la 30ème position. Soudain un coureur sur ma gauche me demande mon allure et le temps espéré : 3’45’’ per kilometer so 2h38. Je lui demande What about you ?  Et il me répond 2h32. Je lui rétorque que l’allure est bien trop rapide pour moi It’s too fast for me ! Je le vois s’éloigner et ne le reverrai plus de la course. Il finira le marathon 11ème en 2h32.

Entre le Km2 et le Km7, je me sens déjà seul. DD m’avait prévenu : En allant à Düsseldorf, vu la densité de coureurs (4 000 coureurs au départ), tu risques d’être seul. Ça risque de ne pas être évident. J’étais conscient de ce risque. Mais j’étais prêt à la prendre.

Je suis rattrapé par deux élites féminines précédées par leur pace respectif, Doroteia Alves Peixoto et Carmen Patricia Martinez Aguilar qui ont des records en 2h36. Elles seront par la suite rejointes par Sara Ramadhani Makera. La bagarre pour la première place féminine se jouera entre elles. Je ne m’affole pas, n’essaie pas de les suivre et me contente de respecter au mieux mon allure. De tête j’essaie de calculer que si elles sont sur une base de 2h36 et moi de 2h38, elles doivent se trouver à environ 600m devant. Elles sont suivies par un van noir de l’organisation avec ses warning que je n’ai pas de mal à voir de loin et qui me sert de point de repère.  

Au Km7, je vois Aline, Guillaume et Théodore qui m’encouragent, je leur fais un rapide signe de la main pour leur dire que tout est OK.

Je passe le Km10 en 36’45’’ ce qui représente une allure moyenne de 3’40’’. C‘est trop rapide. Je devais passer aux alentours de 37’27’’. Je pense à DD mon coach qui au même moment est sur le marathon d’Annecy avec d’autres coureurs du club. Je lui avais donné l’application à télécharger pour me suivre en direct via le live tracking. Je l’imagine, voyant mon temps de passage en se disant Merde, il va trop vite ! Cela me fait sourire mais très vite je reviens dans la course.

Arrive le Km12 qui va nous faire traverser le Rhin. C’est un des passages avec l’arrivée que nous sommes allés repérer la veille avec Théodore. Ça va monter. Mais je me dis qu’après toute montée, il y a une descente ! Juste avant le début de la montée, le van noir s’est porté à ma hauteur. Le conducteur passe la tête par la fenêtre avec un large sourire, lève le pouce et me dit Super ! puis repart rejoindre les coureuses élite.

Fin du Km13, je décide d’avancer la prise de gel. J’ai pour habitude de les prendre au Km15, Km25, Km35 et d’en garder un dernier pour la fin. Au Km14, je détache un gel de ma ceinture profitant d’un point d’eau afin de mieux l’assimiler.

De longues lignes droites et des virages, tel est mon souvenir de ce passage. Lors d’un virage à droite je tente de regarder s’il y a du monde derrière en tournant rapidement la tête. Personne à l’horizon. Très vite nous nous retrouvons de nouveau à proximité du pont qu’il faut franchir à nouveau.

Juste avant de commencer la montée du pont, je passe la marque du semi-marathon : 1h18m41s. Cela correspond à une allure de 3’44’’. Je suis dans le timing. J’ai toujours en vue le van noir au loin. C’est bon signe. Le vent souffle. Allez courage, après chaque montée, il y a une descente !

Km25. Je retrouve sur le bord de la route Aline, Guillaume et Théodore qui m’encouragent. Ça me fait du bien. Je me dis que la prochaine fois que je vois Guillaume, j’en aurai quasiment terminé. Guillaume doit me rejoindre au Km39 pour me tirer sur la fin.

Au Km27, nous traversons une voie ferrée par un petit pont. Rien de bien compliqué en soit, mais avec 27 kilomètres dans les jambes, le passage est un peu plus compliqué. Allez, courage, je sais qu’il y a un second passage de ce type un peu plus tard. Je rattrape un coureur, visiblement un pace ou un élite puisqu’il a un dossard derrière avec son nom : Théodoros. Il a l’air un peu à l’agonie. Je lui fais un signe pour qu’il se joigne à moi, mais décline. Je reste seul.

Km30, bonjour la compagnie ! Enfin du monde. Un coureur me rattrape. Je note qu’il a un débardeur vert. Tout de suite je me cale dans sa roue pour m’abriter du vent. Je le vois devant faire des signes aux orchestres, au gens sur le bord de la route. J’avoue être impressionné. Je reste le plus longtemps avec lui. Puis je décroche.

Quelques kilomètres plus tard, un autre coureur au t-shirt jaune revient sur moi. On doit être aux alentours du Km35 ou Km36. Impossible de l’accrocher. Je tente seulement de le maintenir à distance : 50 ou 60m maximum.

Le Km38. Je me rappelle de ce qu’a dit Théodore la veille lorsqu’avec Fanny, Aline et Guillaume nous regardions les meilleurs endroits pour nous voir en analysant nos allures respectives et en faisant un minimum de déplacement : c’est le point le plus au sud du marathon donc il vaut mieux que Guillaume te rejoigne au Km39. Ce sera plus simple.

Km39. Je vois au loin Guillaume qui se prépare. Allez, c’est la fin ! Il se positionne tout de suite à ma droite et me dit qu’en cas de besoin il a un gel ou de l’eau. Pour l’instant je n’ai besoin de rien. Je lui dis juste de se mettre sur ma gauche pour me protéger du vent, car j’ai l’impression qu’il vient de la gauche.

Les deux kilomètres qui suivent sont durs. Il s’agit d’une énième boucle, là-aussi repérée en partie la veille avec Théodore. Les souvenirs sont confus. Guillaume me parle. Il me dit Allez, on les gratte devant !

L’écart entre le coureur au débardeur vert et celui au t-shirt jaune se resserre. Regarde, on les rattrape ! Tu es plus fort qu’eux !

Km41. Le dernier kilomètre. Symbolisée par un énorme autocollant sur la chaussée, on y arrive. Je pense à ce que j’avais dit à Théodore la veille : Tu vois, si les mecs étaient bons, vu que Düsseldorf accueille le départ du Tour de France au mois de juillet au niveau du dernier kilomètre, il mettrait la flamme rouge du Tour en clin d’œil. Ça aurait de la gueule !

Nous dépassons nos deux adversaires du moment. Guillaume continue de m’encourager Allez, tire sur les bras, après le rond-point avec l’orchestre il ne reste que 800 mètres ! C’est quoi 800 mètres ?! Tu l’as fait des milliers de fois ! Allez, allez, allez pour Agathe !

Je passe au niveau de la Présidence du parlement du Land de Rhénanie-du-Nord/Westphalie. Le vent est fort. Une petite descente, un virage sur la droite et on est sur les quais. Plus que 400 mètres. Je tire sur les bras, comme sur la piste de Lenglen. Je repense à ce que m’a dit Théodore : Bon à l’arrivée, pense pas à arrêter ton chrono, tu passes la ligne à fond parce que toutes les photos d’arrivée, tu as la main sur la montre !

Ça y est, je passe la ligne avec un chrono de 2h41m34s ! *

C’est la délivrance. Pleins d’images me reviennent en tête. Les entrainements du midi à Lenglen avec DD et Anaïs, les conseils de Momo, les messages d’encouragements reçus de la part de tous les membres du XVème Athletic Club.  

J’ai mal, le chrono n’est pas au rendez-vous mais je me suis bien battu. Battu contre le vent, battu contre moi-même. J’ai bien travaillé. J’ai travaillé mon mental. Et ce jour-là, le mental devait être aussi fort que la condition physique.

 

* Je termine le marathon à la 22ème place au général, me classant 18ème chez les hommes et 8ème dans la catégorie M30.