http://www.wikio.fr Le Blog de Jérôme Laurent

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29 avril 2018

Marathon de Vienne : chaud chaud !

Lorsque je m’endors la veille d’un marathon, j’ai toujours la même image : celle de quelqu’un qui est en bas d’une montagne qu’il s’apprête à escalader. Nous sommes le samedi 21 avril à Vienne, veille de mon 11ème marathon et j’ai cette image en tête.

Dix semaines d’entraînement, 834Km parcourus

Il a fallu revoir notre stratégie de course. La météo qui s’annonce est grand soleil. Pas le meilleur qui soit pour courir 42,195Km ! Les consignes du coach sont claires : Tu pars sur 3’45’’ au Km pour le premier semi, et ensuite s’il fait trop chaud, tu t’économises en passant en 3’48’’ au Km, ça fait 2h39, et on tient le RP !

Je me suis entraîné sur 2h38. Il n’y a pas de raison que l’allure ne tienne pas. Cette allure, je la connais par cœur : 45’’ au 200m, 1’30’’ au 400… Je la maîtrise à tel point que je suis capable de donner le chrono à chaque Km ! Seul bémol en vue : la météo.

Trucs & astuces

Pour essayer de limiter les effets de la chaleur, Emilie & Théodore sont allés acheter des bouteilles d’eau ainsi qu’une étole : On va la découper en 4 morceaux, on les mouillera et on te les donnera lorsque l’on te verra passer. On te donnera aussi des bouteilles d’eau que l’on aura ouverte auparavant. On sera au Km9, Km20, Km27 et Km35. Et ensuite on se retrouve à l’arrivée.

Emilie & Théodore sont au taquet ! Même si j’ai un peu peur (j’ai toujours un peu peur la veille d’un marathon), ça me booste. Emilie court, Théodore pourrait presque courir : Lorsque je vois des coureurs franchir la ligne d’arrivée et la joie sur leurs visages, ça me donnerait presque envie de courir m’avait-il dit lors du marathon de Düsseldorf l’an dernier. Presque.

47’’ au 200m

Dimanche 22 avril – 5h00. Le réveil qui sonne (à la même heure qu’en semaine). Au top de la forme. Rapide coup d’œil sur l’application météo de l’iPhone : 14° à 7h00, 18° à 9h00 et 24° à l’arrivée.

Douche, préparation et petit déjeuner. Des bouteilles d’eau sont à disposition à l’entrée de la salle du restaurant. Ça confirme ce qu’annonçait l’application !

8h00 : le départ est dans une heure mais je suis déjà sur la ligne de départ. Je l’avais repérée la veille, mais j’ai toujours besoin d’arriver tôt sur une course, pour sentir l’ambiance et vérifier mes repères. J’ai fait de même avec les deux derniers kilomètres du parcours.

Un échauffement plus long que d’habitude. Pour se rassurer ? Oui. Pour se réchauffer ? Non !

8h50 : je rentre dans le SAS de départ. C’est un peu le bazar, le SAS est blindé de monde car il s’agit d’un SAS unique pour les coureurs en -3h00. Il faut que je parte détendu. Je sais que c’est important. Emilie me le rappelle : Ton RP sur 10Km à Vincennes tu l’as fait détendu, sans pression. C’est la clef ! Je ne pense pas à la course. Je me faufile et discute avec d’autres coureurs de Metz Métropole Athlétisme. Pas trop le temps de réfléchir, un dernier bisou et PAN !

C’est parti. Pas mal de monde à rattraper. Je me faufile sur la droite de la route. Au 200m, je suis en 47’’ (j’avais aussi repéré les 200 premiers mètres afin de ne pas m’emballer sur le départ).

Je passe le Km1 en 3’47’’. C’est 2’’ de plus que ce qui est prévu mais je ne m’inquiète pas. C’est quoi 2’’ ?! Bon OK, au semi de Paris, j’aurais répondu : C’est un RP ! ;-)

Très vite, la course se fluidifie. Je vois les hommes de tête (au loin !) avec la voiture chrono. Je garde mon rythme, je suis en 3’43’’/3’45’’. Je suis bien.

Premier semi : la ballade

On arrive au Km9. Je sais qu’Emilie & Théodore seront dans le coin. Ça me booste. Emilie m’avait demandé : Tu préfères qu’on se mette comment pour te donner à boire ? Je lui avais répondu de se mettre sur le côté droit, sans trop réfléchir au fait qu’à certains endroits, suivant la trajectoire il valait mieux être à gauche… Mais ils ont géré visualisant les trajectoires des groupes de tête. J’attrape le bout de tissu mouillé et la bouteille d’eau. J’ai le temps d’entendre Théodore me dire : Vas-y, c’est super !

Je suis bien. Je suis dans un petit groupe avec une élite féminine : F17 – Catherine Spizner : 2ème autrichienne avec un chrono de 2h44 l’an dernier à Vienne, elle espère faire mieux cette année. J’avais consulté la liste des élites féminines afin d’en trouver une avec un chrono de référence similaire à mon objectif. Cela me permettra de bien garder mon rythme. De plus, elle bénéficie d’un pace : M88 et est escortée d’un vélo.

Km12 : toujours dans le groupe, je passe à proximité du marché où je me suis rendu la veille. Tu es sûr que c’est là ? Oui, oui, je reconnais la façade des immeubles finement décorée. Je sais que ma belle-mère est dans le coin et je repense à ce que lui avait dit Théodore le samedi midi : Si tu veux le voir au Km12, tu dois être à 9h45 au panneau, pas à 9h50 hein, c’est hyper précis, ça se joue à la seconde ! Il y a beaucoup de monde. Je me dis qu’il me sera difficile de l’apercevoir. Et puis tout d’un coup je l’aperçois. Ça me motive.

Km15 : premier gel, tout roule. Je gère. J’ai changé quelque peu ma stratégie d’alimentation : au lieu des 4 gels habituels (pour les Km15, Km25, Km35 + gel pour le finish), je suis parti sur 6 gels : Km15, puis tous les 5 kilomètres.

Km16 : je passe en 1h00. On est sur les bases de 3’45’’, tout roule.

Km18-Km19 : un coup de moins bien…

Km20 : on va arriver au semi. Il faut que je sois en 1h19 pour être dans les clous. J’aperçois Emilie qui me tend un bout d’étole humide. Théodore est juste après ! Je l’aperçois quelques dizaines de mètres plus loin. Un virage à gauche et l’on arrive au semi : 1h20’27’’. Je suis à la bourre. Il y a quelques années, j’aurai paniqué : Merde, merde, je suis en retard ! Mais là, bizarrement, rien de tout ça. Je ne m’affole pas.

Deuxième semi : là où tout commence

En marathon, le marathon commence au Km21. C’est là que tu dois te battre. C’est là que rentre en jeu ce qui est essentiel dans ce sport : le mental. J’ai tendance à en manquer parfois. Je le sais.

Km22-23 : je suis rattrapé par l’élite féminine F17 que j’avais quelque peu distancée dans les kilomètres précédents. A partir de ce moment c’est l’explosion. Impossible d’avancer. Les jambes ne répondent plus. Je ne souhaite pas forcer ; je me dis que si je force maintenant, je vais tenir un kilomètre de plus mais que j’exploserai ensuite et que ce sera pire. Il fait chaud. Trop chaud pour courir.

Km25 : je prends mon gel. L’ouverture est difficile. En tentant de l’ouvrir avec les dents, je le transperce et le gel me coule sur la main droite. Il fait chaud, ça colle de partout ! Je cours la main collante, j’ai hâte de voir Emilie & Théodore pour qu’ils me donnent une bouteille d’eau. Je les cherche du regard, mais ne les vois pas.

Km27 : j’aperçois Emilie. En la voyant, je lui fais un signe croix avec mes bras. Je suis cuit. J’ai juste le temps de lui dire : Il fait trop chaud. Dis à DD que je suis sur les bases de 2h44/2h45. J’attrape la bouteille d’eau tendue et me la verse au-dessus de la tête. Quelques dizaines de mètres plus loin, j’aperçois Théodore qui me tend un bout d’étole. Je me l’enroule sur la tête et contrairement à avant, je le garde. Je ne le jette pas. L’eau coule sur le torse et dans la nuque. Cela me fait du bien. Mais au bout de 2/3Km le morceau de tissu est quasiment sec. Je le jette. Je suis dans une longue ligne droite que je dois ensuite reprendre en sens inverse.

Le mental prend le relais

A partir de ce moment et jusqu’au Km35, je serai seul. Seul avec moi-même. Je dois me faire dépasser par 2/3 concurrents. Je dois rattraper 2/3 concurrents. Bref je maintiens le rythme : 4’10’’/4’20’’ au kilomètre. Pas plus vite. Je me dis : Finis la à cette allure. En mode SL. Et puis je pense beaucoup au message que m’a envoyé Jean-Marc la veille via Facebook : Que ta petite étoile te protège tout le long de ton parcours on te souhaite un bon marathon. Je pense à Agathe. Elle aimait cette ville de Vienne. Pendant la préparation de ce marathon, combien de fois me suis-je dit : En faisant un RP durant ce marathon, je le dédierai à Agathe. Ça me remotivait dans les moments durs de la prépa : sous la pluie, dans le froid, ou quand tu n’es pas dans l’allure définie. Je sais que ce ne sera pas le cas. Je suis déçu mais je continue. Je ne lâche pas. Depuis que j’ai commencé à courir, je n’ai jamais abandonné sur une course. Ce n’est pas maintenant que ça va commencer. J’avance à  mon rythme.

Km35 : dernière fois que je vais apercevoir Emilie puis Théodore. Bouteille d’eau, morceau d’étole mouillé. Le rituel. 7 kilomètres. Je vais finir.

Et puis j’aperçois quelqu’un qui court sur le bas-côté. Un français avec qui j’échange quelques mots. Il va m’accompagner durant 3/4 kilomètres en m’encourageant : Concentre-toi sur ta foulée. Pense à toutes les semaines d’entraînement. Il me recontactera via le réseau Strava. Merci à lui de m’avoir accompagné.

Je connais la fin. Je m’imagine par rapport au plan du parcours. Allez encore 2/3 virages et j’arrive sur Open Ring ! Ensuite c’est la fin.

Km40 : je regarde la montre : 2h40. Je me dis que lors de mon RP à Rennes en 2015, j’étais arrivé. J’en souris. J’accélère ? Non. J’attends le Km41.

Km41 : de plus en plus de monde sur le bord de la route. Ça sent l’arrivée. J’accélère ? Non, non c’est trop tôt. J’attends les 500 derniers mètres.

Km41,5 : bon là maintenant il faut vraiment accélérer. Oui mais il fait chaud, on doit approcher les 25° ! Je me dis : Sortie du virage, c’est maintenant que tu cales la mine. Il y en a 2 devant, tu les rattrapes. Allez ils sont mal ! Virage à droite, panneau des 500m : Maintenant !

J’accélère, je tire sur les bras (après course, et après vérification du chrono il s’avèrera que j’étais à une vitesse de 3’13’’ au kilomètre sur les 500 derniers mètres). Je reviens sur mes deux concurrents, j’espère qu’ils ne vont pas se retourner pour accélérer.

Il y a du monde, beaucoup de monde, c’est incroyable, ça booste. Le site internet de l’événement indique qu’il y a près d’un million de supporters le long du parcours. C’est certainement vrai tant la ferveur est grande !

Il reste moins de 200m, on va arriver sur le tapis bleu : Allez tire sur les bras, tu les bouffes ! TOP ! Je passe la ligne : 2h49’35’’ à la 54ème place du général. Juste en dessous des 2h50. Ce n’est pas si pire (comme on dit au Québec). Je suis content, j’en suis venu à bout. Mais je ne vais pas mentir, c’était dur. 

Voilà. Un de plus, le 11ème. Et j’ai déjà en tête le 12ème ;-)

Même si le marathon est une épreuve solitaire, elle ne peut être réalisée qu’avec une équipe, bien entouré. Alors, je tiens à remercier ma famille et  Emile qui étaient là pour me supporter durant cette épreuve et qui ont tout mis en œuvre pour qu’elle se passe le mieux possible le jour J. Un grand merci à DD mon coach du XVème Athletic Club pour m’avoir préparé à cette épreuve, pour sa disponibilité jusque dans les dernières heures avant la course, pour ses conseils et son écoute. Un grand merci à mes co-équipers du Groupe 0 : Nicolas P, Nicolas S, Olivier, Filippo, Amaël, Geoffroy et Titou pour votre confiance et votre soutien lors des entraînements sur piste. Enfin, merci à Cryo78 (www.cryo78.com) de m’avoir accompagné lors de cette préparation avec des séances régulières.

10:30 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sport, marathon, vienne, xvemeac, running | |  Facebook

21 octobre 2017

Sécurité privée : conversation avec un novice – Acte II

Dimanche midi, déjeuner de famille élargi.

A peine avions-nous commencé l’apéro, qu’il m’avait dit « Alors, comment vont les affaires ? Avec les événements, tu dois avoir de la demande en plus, non ? »

Par événements, il parlait des tentatives d’attentats qui venaient d’être déjouées par les services de police et de renseignements. « Il n’y a pas toujours de réelles corrélations » lui répondis-je. « Cela dépend surtout de la sensibilité de l’entreprise au risque et du sentiment d’insécurité ressenti par ses salariés. Plus ce risque est élevé, plus il y a effectivement de chances que l’entreprise renforce sa sécurité ».

Le sujet était lancé. A peine le temps de grignotter quelques cacahuètes que déjà je sentais ces questions qui allaient fuser.

« Mais concrètement, l’agent de sécurité qui est devant l’entrée d’un bâtiment, dans sa guitoune avec sa barrière levante, il ne sert pas à grand-chose non ? On en a un dans la boîte dans laquelle je réalise mon stage et je ne vois vraiment pas son utilité ».

J’étais heureux de cette question. Il avait posé THE question. Celle qui paraît banale, et qui n’attend qu’une réponse du style « Ouais. Tu as raison. Tu re-veux un verre ? ». Mais non, j’ai choisi de lui répondre de façon plus professionnelle.

« La question que tu poses est une bonne question. Dans ton raisonnement, tu considères que puisque tu ne vois pas son utilité, il ne sert à rien. Et que dès lors, c’est de l’argent dépensé inutilement. C’est bien ça ? ». «  Bah oui. A part appuyer sur un bouton pour ouvrir la barrière aux véhicules qui lui présentent un macaron, aucune utilité ! ».

L’explication allait pouvoir commencer ! « Ton raisonnement est celui de bien de mes interlocuteurs. Mais prends la situation dans le sens inverse : c’est peut-être par ce qu’il y a un agent de sécurité que rien ne se passe. Et sa position à l’entrée de l’entreprise est dissuasive à quiconque chercherait à pénétrer sur le site. Même si nous sommes d’accord, le risque 0 n’existe pas ». « OK, je comprends. Mais est-ce que l’on ne pourrait pas le remplacer par une machine, un robot, un lecteur de badges ? Ca couterait moins cher ! ».

Je reconnaissais les questions de l’étudiant d’école de commerce qui se destine au métier d’acheteur ;-) cherchant à optimiser des coûts qu’il ne pensait pas forcément comme nécessaires mais plutôt comme contraints.

« Tout dépend de la configuration de ton site. Comment ton lecteur de badges donnera l’alerte si un intrus pénètre sur ton site ? Cela s’étudie, et prend du temps. L’achat de prestations de services ce n’est pas aussi facile que de choisir ses produits dans un rayon de supermarché ! L’agent qui est dans ta guérite à l’entrée du site, il faut lui donner une valeur ajoutée. Et cette valeur ajoutée elle doit être créée par le prestataire. C’est son job, encore faut-il que l’entreprise cliente lui en donne les moyens et sache un temps soit peu ce qu’elle achète. Bref qu’elle s’y connaisse un minimum. Qu’elle ne réduise pas le prestataire à un vendeur de temps/homme ». « Comment ça ? »

« C’est très simple : apporter de la valeur ajoutée à une mission à un job ça s’élabore, ça s’étudie, ça ne se décrète pas. Si l’entreprise gagne de l’argent et qu’elle est rentable, elle va pouvoir investir ». « Investir pour quoi ? » me demande-t-il.

« Investir pour donner de la valeur ajoutée à ton agent, pour lui mettre à disposition des outils plus performants, faire de la R&D, créer des formations sur-mesure pour un client qui serait exposé à un risque pour lequel il ne l’était pas... Ainsi, ton agent que tu as sur site, il bénéficie d’une meilleure reconnaissance (des salariés sur le site) et la qualité s’améliore. Au final, tout le monde est gagnant. Aujourd’hui, on va dans le sens inverse ! On achète au plus bas ; on veut une Ferrari pour le prix d’une Renault ! ».

« Ce que tu dis est un cercle vertueux effectivement bénéficiant à tous. D’autant plus que l’entreprise dans ce cas joue un rôle sociétal en contribuant à la reconnaissance de la profession et du secteur. Et en plus cela va dans le sens des traditionnelles Charte des achats responsables. Mais pourquoi les services achats ne raisonnent pas de la sorte ? ».

« C’est toi qui fait des études pour devenir acheteur… Allez à table ! ».

12 août 2017

Sécurité privée : conversation avec un novice.

« Un appel d’offres, c’est comme une pochette surprise, on ne sait jamais ce qu'il y a dedans ».

C’est un peu ce que l’on se dit lorsque l’on en reçoit un. Alors parfois, avec l’expérience, on se dit « Mais oui, bien sûr je le connais cet appel d’offres » et là malheur à celui qui est en face de vous : vous êtes capable de lui réciter le dispositif de sécurité en place, le nom du responsable sécurité, le nom de l’acheteur, et même le prestataire en place !

Bref, au vu de vos connaissances, vous êtes la personne qui doit répondre à cet appel d’offres. Il ne peut pas vous échapper, avant même d’avoir lu le CCTP vous connaissez tout ! Oui, mais non.

Car ces connaissances vous les avez car vous avez répondu 3 fois (vous pouvez augmenter ce nombre….) aux consultations de cette entreprise et comme d’habitude c’est toujours le même qui gagne : le moins-disant. Vous répétez à votre interlocuteur « C’est le moins-disant qui remporte le marché, pas le mieux disant ! ».

Dès lors, deux possibilités :

  • Soit votre interlocuteur connaît le secteur de la sécurité, la conversation s’arrête là et le dossier de consultation qu’il vous a imprimé comprenant le règlement de consultation, l’attestation de réception dudit appel d’offres, le cahier des clauses techniques particulières, le cahier des clauses administratives particulières, la fiche de synthèse, le plan du mémoire technique, le bordereau des prix unitaires, l’attestation de visites, la charte de l’achat responsable, la charte du fournisseur responsable, la charte environnementale, la liste des références sur les trois dernières années, la décomposition du prix global et forfaitaire ainsi que la décomposition horaire du taux facturé sur les 5 prochaines années et là l’ensemble des 113 pages imprimées finissent à la poubelle (ou en papier de brouillon) et vous reprenez une activité normale ;

 

  • Soit votre interlocuteur ne connait pas la sécurité et là vous vous dites « C’est le moment de te faire un petit cours sur le secteur d’activité ». C’est une envie soudaine. Vous posez votre stylo, mettez votre portable sur silencieux et fermez votre PC. Vous avez tellement envie de lui expliquer comment ça se passe, vos anecdotes que vous êtes partis pour un bon moment.

Ce qui est intéressant c’est que plus vous lui parlez du secteur d’activité la vente de prestations de sécurité privée, plus votre interlocuteur vous pose des questions, vous interroge et vous en redemande. « Est-ce que tout le monde peut être vigile ? » ou encore «Ils travaillent combien de temps les gardiens ? ». Au passage, vous en profitez pour lui faire un petit cours de sémantique « Ne parles pas comme les présentateurs du JT. On dit agent de sécurité et non pas vigile ou gardien ! »

Plus la conversation avance, plus vous lui parlez de vos anecdotes « L’appel d’offres où on te demandait de décomposer le taux horaire de vente en spécifiant ta marge ainsi que le coût horaire de ton matériel que tu affectais à la mission de l’agent de sécurité ».

Votre interlocuteur ne comprend pas. « Comment peut-on vous demander la marge de l’entreprise ?! Ce n’est pas quelque chose de confidentiel ? ». Vous lui avouez que c’est tout de même assez étrange, mais que c’est très répandu chez les acheteurs et que si vous ne la mentionnez pas, vous avez peu de chances de remporter le marché.

Pour bien lui faire prendre conscience de cette demande des acheteurs, vous prenez l’exemple du boulanger. « C’est un peu comme si lorsque tu allais acheter une baguette chez ton boulanger tu lui demandes sa marge sur le prix de la baguette aux céréales à 1,30€ ». Vous aussi cher lecteur, vous y penserez la prochaine fois que vous serez de corvée de pain et vous me direz ce que vous répondra le boulanger…

Même s’il comprend cet exemple, il a du mal. Il ne comprend pas la finalité et la pertinence de cette demande. Il ne travaille pas dans votre secteur et ce vous lui dites lui parait invraisemblable.

Alors vous décidez d’aller encore plus loin. « Parfois on va te demander dans le taux horaire moyenné sur 5 ans de décomposer dans le taux horaire de vente la part du matériel (notre fameuse lampe torche) ! » En gros quel est le coût de la lampe torche à l’heure sur 5 ans.

Voyant que vous êtes en train de le perdre, il faut réagir ! Vous faites le parallèle avec votre boulanger. « En fait c’est comme si tu retournes voir ton boulanger avec sa baguette aux céréales à 1,30€ et que tu lui demandes sur les 1,30€ de vente de la baguette, quel est le montant issu du pétrin-mélangeur qui lui a servi à réaliser la baguette».

Votre interlocuteur esquisse un sourire. « Mais c’est idiot. A quoi cela sert-il de savoir cela ? Est-ce que ma baguette sera meilleure ? »

En 1h30 de conversation c’est la première question à laquelle vous n’êtes pas en mesure de répondre. Mais bon, c’est vous le professionnel ! Vous devez être en mesure de répondre. « C’est un truc d’acheteur. On ne sait pas trop à quoi ça sert. Ils doivent y affecter un coefficient qui doit leur permettre d’en sortir une note financière qui suivant la pondération de l’appel d’offres te donnera une note finale et permettra d’établir un classement final des offres ».

Votre interlocuteur est loin. Il est pour le coup complètement perdu. « Et sinon l’acheteur, lorsqu’il te demande ça, il sait vraiment pourquoi il te le demande ? » Très bonne question !